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Objet d'étude :
Le personnage de roman
(du XVIIe siècle à nos jours)

Problématique : En quoi le personnage de roman donne-t-il à voir un monde ?



[Le Roman]  [Shangaï]

Ce que vous devez savoir :

Petite histoire du roman

Roman, n. m. ; 1140, du latin romanice « à la façon des Romains »

  • La période gréco-romaine : le récit fondateur c'est L'odyssée d'Homère (IXe siècle av.JC)... Une épopée en vers qui conte l'opposition farouche d'un héros aux lois de la nature et des dieux. Après son engagement de 10 ans dans la Guerre de Troie (l'Iliade), Ulysse raconte les péripéties qui auront retardé de 10 ans encore son retour à Ithaque.
  • Après la chanson de geste (la chanson de Roland) au XIIe siècle (Moyen-Âge), apparaît une œuvre écrite en roman (langue vulgaire ou romane) et non pas en latin : c'est un récit en vers français (octosyllabes en langue romane), adapté de légendes antiques où dominent des aventures fabuleuses et galantes de héros idéalisés (le Roman de Troie, le Roman de la Rose, le Roman de Renart).
    Le Roman courtois (vers 1150), s'inspire de la Matière de Bretagne.
    Chrétien de Troyes (environ 1135-1183) est considéré comme le premier romancier de notre littérature avec l'histoire des Chevaliers de la Table Ronde (inspirée de légendes celtiques)
  • À partir du XVe siècle, le mot "roman" caractérise un récit, le plus souvent en prose, dont le contenu est imaginaire, mais avec des personnages donnés comme réels. Le récit relate le plus souvent des aventures qui mettent en scène une peinture des mœurs, l'analyse de sentiments, des galanteries... Contrairement à "l'épopée" ou au "conte", il s’inscrit dans le domaine de la réalité et du concret, en créant des personnages qui doivent donner l'impression d'exister : le roman est déjà une fiction que le lecteur doit tenir pour crédible en reflétant ses émotions et des événements de sa propre vie (anonyme Les Cent nouvelles nouvelles, nouvelles populaires de 1460, inspirées de Boccace, auteur italien du XIVe siècle).
  • Au XVIe siècle en parallèle aux grandes épopées encore en vers, se développe une veine réaliste, satirique et burlesque en prose (Rabelais, Cervantès et le roman picaresque : La Vie de Lazarillo de Tormes, anonyme, 1554).
  • Au XVIIe siècle, toute l'Europe se passionne pour la peinture du cœur humain et des passions (les romans pastoraux : l'Astrée de H. d'Urfé, et les romans héroïques, galants et précieux : Clélie Madeleine de Scudéry dite Sapho). Ces romans souvent confus et très longs, annoncent le roman psychologique inauguré par la Princesse de Clèves (1678). La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette apparaît comme le premier grand roman classique et comme étant à l'origine du roman moderne.
  • Au XVIIIe siècle le roman offre une grande variété de formes : à la peinture des passions s’ajoute la peinture de la vie sociale de l'homme moyen aux prises avec la vie quotidienne (auteurs : Defoe, Swift, Marivaux, Richardson, l'abbé Prévost, Montesquieu, Voltaire, Diderot, H. Fielding, L. Sterne, Bernardin de Saint-Pierre, Sade, Choderlos de Laclos). Le romancier a alors recours à des formes variées (narration à la première ou à la troisième personne, dialogue, roman par lettres, relation de voyage, digressions philosophiques) afin de produire un roman sentimental, moraliste, réaliste ou philosophique, un roman noir ou un roman de formation… Le roman épistolaire apparaît avec Les lettres persannes de Montesquieu (en 1721).
    Le conte populaire (souvent grivois) du XVe siècle, prendra "ses lettres de noblesses" avec le courant libertin.
    Á la fin du XVIIIe siècle, avec La Nouvelle Héloise de J. J. Rousseau apparaît ce qui s’appellera le romantisme.
  • Au XIXe siècle le genre romanesque devient le genre majeur avec le romantisme et son culte des variations sur l’expérience individuelle :
    - le roman autobiographique (Chateaubriand, Senancour, B. Constant) ;
    - le roman historique (W. Scott, A. de Vigny, V. Hugo) ;
    - le roman réaliste (Balzac et son « histoire oubliée par tant d'historiens, celle des mœurs »), Stendhal, Ch. Dickens) ;
    - le roman naturaliste (G. Flaubert, Zola) ;
    - le roman rustique (G. Sand) ;
    - le roman populiste (A. Dumas, E. Sue, publiés en feuilletons) ;
    - le roman fantastique (Hoffmann, Maupassant, Mérimée, Villiers de l'Isle-Adam) ;
    - le roman policier (E. Poe, É. Gaboriau, C. Doyle) ;
    - le roman russe (Dostoïevski, Tolstoï).
    À cet âge d'or du roman correspond une profonde alphabétisation en France et ainsi un réel succès populaire (paradoxalement, la censure aidera à la promotion de ce genre...)
  • Au XXe et XXIe siècles le roman explose sous d’autres formes qui s’ajoutent aux précédentes : la science-fiction et l’anticipation (déjà présentes au XIXe), la métaphysique et l'étude psychanalytique de l'homme.
    Il reflète alors les transformations de la société :
    - son langage se modifie (M. Proust : le temps psychologique ; J. Joyce : monologue intérieur) ;
    - F. Kafka explore le monde de l'absurde et de l'existentiel avec Camus, Sartre et Malraux ;
    - H. James, V. Woolf, A. Gide inventent des mondes clos ;
    - Breton, le surréalisme ;
    - W. Faulkner, J. Dos Passos, E. Hemingway, Malraux : la technique cinématographique et le simultanéisme ;
    - Malraux les romans reportages ;
    - L.-F. Céline introduit une langue écrite proche de la langue parlée...
    Dans les années 50 Butor, Perec, inventent le nouveau roman et son refus des topoï narratifs reconnus (pas d’action, pas de psychologie du personnage, plus de ponctuation...) Ce nouveau roman flirt avec la non-communication que l'on retrouvera au théâtre (Ionesco...).
    L'autobiographie (explorée au XVIIIe siècle) et le nombrilisme croisent l'autofiction et les reconstitutions ou réécritures historiques ("roman autobiographique" et "biographies fictives")
    De nouveaux genres prennent leur essor grâce à Internet ("Hyperfiction" de Nadja à *** ) et au multimédia :
    - la "conscience fiction" avec sa vision critique du comportement humain (Stanislaw Lem Solaris  Bilal Animal'z Bunker Palace Hôtel au cinéma)
    - le roman photo...
    - le roman graphique et la bande dessinnée
    - les ''chroniques du futur antérieur '' (le Steampunk ou Gaslight Romance'', ou "retrofutur" (en littérature : Brussolo Les Inhumains - en BD : Tardi avec Adèle Blanc-sec - au cinéma : Wild wild west - en musique : Désenchantée Mylen Farmer)
    - L'"hyperfiction" : où la construction du récit par fragments prend du sens parce que chaque fragment est pris dans un faisceau de liens (noeuds) choisis (ou non) par le lecteur... Les environnements numériques font exister un espace sensible dans lequel le lecteur/auteur peut pénétrer pour s'y déplacer ("Myst"...) et intégrer ce monde !

Contexte historique de La Condition humaine


Capsule : comprendre le contexte historique

Les bataille de Shanghaï de 1927

La Condition humaine se présente comme un reportage vécu sur les affrontements de Shanghaï (la plus grande ville chinoise en 1925), affrontements entre Tchang Kaï-chek (Kuomintang) et le Parti Communiste Chinois.
En fait, il s'agit d'une fiction sur fond historique (on dirait "un docu fiction" aujourd'hui si l'on ne craignait ni l'anachronisme ni le mélange des genres !). La Condition humaine est réaliste (nombreux effets de réel) mais non mimétique : c'est une reconstruction, une transposition, une réécriture des événements, une dramatisation où il est question des enjeux de la révolte face au politique qui broie l'humain.

  • Les forces en présence : un conflit politique interne (Nord / Sud) agravé...
    ∇ Les Seigneurs de la guerre (Feng Yuxiang, Zhang Zuolin, Wu Peifu) : cliques armées (les Dujuns) qui dominent et maintiennent la République de Chine du nord (Pékin / Beijing) en accord avec les idées républicaines occidentales : ils sont l'ordre ancien, vécu comme l'oppresseur du peuple et des ouvriers.
    ⇒ Dans La Condition humaine ils sont représentés par les "gouvernementaux", (Tang-Yen-Ta et) Liou-Ti-Yu
    De plus l'influence occidentale est soulignée par les personnages de Ferral et Smithson
    ∇ Le Kuomintang ou Guomindang (depuis 1911, KMT ou Parti National du Peuple ou Parti Nationaliste Chinois ou GMD, les « Chemises bleues »), dirigé par Song Jiaoren puis Tchang Kaï-chek (chef de "l'Armée nationale révolutionnaire" - parti nationaliste bourgeois -), veut unifier la Chine sous une bannière nationaliste ; ainsi il s'allie un temps au PCC contre l'impérialisme occidental, la menace Japonaise et les Seigneurs de la guerre. Mais il a peur de l'influence grandissante du PCC et le décapitera au cours d'événements sanglants (12 avril 1927) à Shanghai, sans rompre son alliance avec Staline et l'Union Soviétique (besoin stratégique réciproque). Pour vaincre ces Seigneurs de la guerre, Tchang Kaï-chek équipe l'Armée Nationale Révolutionnaire grâce au matériel fourni par les Russes et permet ainsi (après l'expédition du nord en 1927) la formation d'un gouvernement central en Chine (1928).
    ⇒ Dans La Condition humaine le Kuomintang est représenté par Tchang Kaï-chek et son chef de police Köning, Chpilexski et un colonel anonyme avec un bandeau sur l'oeil.
    - De 1927 à 1949 le PCC maintiendra une rébellion armée (guerre civile) contre le régime nationaliste du Guomindang qui se soldera par la victoire de Mao Zedong et l'instauration de la République Populaire de Chine le 1er octobre 1949.
    ∇ L'Internationale communiste (Komintern) qui regroupe l'ensemble des partis communistes (IIIe internationale) : organe de propagande pour promouvoir l'avènement du communisme à l'étranger. Théoriquement elle est sans rapports avec l'État soviétique (bien qu'elle soit dans les faits au service des intérêts de Staline).
    ⇒ Dans La Condition humaine l'Internationale est représentée par Gallen, Possoz et Vologuine (auquel Kyo se heurte), Borodine (personnage historique) est évoqué.
    ∇ Le Parti Communiste Chinois (PCC crée en juillet 1921 dans la concession française de Shanghai - les « Rouges »). Sous l'influence des idées de Lénine et de Trotski (puis de Staline 1926), il contrôle les syndicats de Shanghai lors des grandes grèves de février 1925. Contre l'impérialisme occidental, allié au Guomindang (Kuomintang). Onze de ses manifestants seront massacrés le 30 mai 1925.
    ⇒ Dans La Condition humaine le PCC est représenté par Gisors, Kyo, May, Tchen, Katow, Hemmelrich, Lou-You-Shuen, Souen et Peï, Shia et Ma.
    - De 1927 à 1949 le PCC maintiendra une rébellion armée (guerre civile) contre le régime nationaliste du Guomindang qui se soldera par la victoire de Mao Zedong et l'instauration de la République Populaire de Chine (le 1er octobre 1949).
    ∇ La Concession Française de Shanghai (située au sud de la Concession britannique depuis 1849) est un territoire chinois sous contrôle français de 1849 à 1946 : la France peut y commercer librement suite à des traités colonialistes imposés par l'occident. En 1925, pour mieux contrôler la population chinoise et garantir ses échanges lucratifs, les représentatnts de la Concession négocient avec un chef de bande : contre le monopole du trafic de l'opium celui-ci doit verser un pourcentage sur ses transactions et aider à maintenir l'ordre dans la Concession...
    Contre ces états dans l'état, le jeune gouvernement chinois (Kuomintang), les "gouvernementaux" ont peu de pouvoirs.
    ⇒ Dans La Condition humaine la Concession Française de Shanghai est représentée par Ferral (consortium franco-asiatique)

    - En 1927, a lieu la bataille de ShanghaÏ : répression sanglante d'une émeute ouvrière et populaire, 5 000 personnes furent comptabilisées comme "disparues".
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